Elles ont parfois trop de pattes, se déplacent vite ou surgissent au mauvais moment dans la salle de bains. Le réflexe est souvent de les écraser. Pourtant, beaucoup de ces petites bêtes jouent un rôle essentiel dans l’équilibre du jardin et même de la maison.
Voici sept invertébrés qui méritent un peu plus de bienveillance, ce qu’ils font pour nous, et comment les déplacer sans leur faire de mal.
1. La chrysope verte
Avec ses ailes transparentes finement nervurées et ses yeux dorés, la chrysope est un insecte délicat que l’on croise souvent à la fin de l’été, parfois jusque dans la maison où elle cherche un abri pour l’hiver. L’adulte se nourrit surtout de nectar et de miellat, mais sa larve est une redoutable prédatrice : elle dévore pucerons, cochenilles, acariens et petites chenilles. Une seule larve peut consommer plusieurs centaines de pucerons au cours de son développement, ce qui en fait l’un des meilleurs auxiliaires du potager et du verger.
2. Le staphylin odorant
Ce grand coléoptère noir et allongé a une particularité : lorsqu’il se sent menacé, il relève l’abdomen comme un scorpion et ouvre ses mandibules. Cette posture impressionnante est purement défensive. Le staphylin odorant chasse de nombreux invertébrés dans la litière, sous les pierres et dans le compost, et participe ainsi à la régulation des populations de larves et de limaces.
3. La larve de ver luisant
Le ver luisant est en réalité un coléoptère, le lampyre. Avant de produire sa célèbre lumière les nuits d’été, il passe la plus grande partie de sa vie à l’état de larve. Celle-ci, sombre et segmentée, a un régime très spécialisé : elle se nourrit presque exclusivement de petits escargots et de limaces. Protéger les lampyres, c’est s’offrir des alliés précieux contre ces gourmands de salades.
4. La scutigère véloce
Avec ses quinze paires de très longues pattes et sa vitesse étonnante, la scutigère surprend souvent dans les caves, les garages ou les salles de bains. Elle fait peur, mais elle est généralement inoffensive pour l’humain. Chasseuse nocturne, elle capture poissons d’argent, mouches, blattes et petites araignées. Sa présence signale d’ailleurs souvent l’existence de proies dans la maison.
5. Le cloporte
Le cloporte n’est pas un insecte, mais un petit crustacé terrestre qui respire grâce à des structures proches de branchies. Il a donc besoin d’humidité pour vivre. Au jardin, il recycle les feuilles mortes, le bois en décomposition et les débris végétaux, et participe à la formation de l’humus. Lorsqu’il entre dans la maison, c’est généralement le signe d’un excès d’humidité.
6. L’iule
Souvent confondu avec un mille-pattes agressif, l’iule est un décomposeur parfaitement paisible. Il se déplace lentement, s’enroule en spirale lorsqu’il est dérangé et peut émettre une substance odorante pour se défendre. Il se nourrit de matière végétale en décomposition et transforme les débris en une terre fine et fertile.
7. Le carabe
Ce grand coléoptère aux reflets métalliques, parfois violets ou dorés, chasse principalement la nuit. Rapide et vorace, il se nourrit de limaces, d’œufs de limaces, de larves et de chenilles. Les carabes sont d’excellents auxiliaires pour le jardinier qui souhaite limiter l’usage de granulés anti-limaces. Certaines espèces sont d’ailleurs protégées.
Pourquoi les protéger ?
Ces animaux participent à deux grandes fonctions du jardin. La première est la régulation : en chassant pucerons, limaces et autres ravageurs, ils évitent que ces derniers ne prolifèrent. La seconde est le recyclage : en décomposant feuilles et bois morts, ils restituent au sol les nutriments dont les plantes ont besoin. Les éliminer, c’est souvent favoriser les espèces que l’on cherche justement à combattre et appauvrir la terre.
Comment déplacer une petite bête sans l’écraser
- Posez un verre ou un bocal retourné au-dessus de l’animal.
- Glissez délicatement une feuille de papier ou un carton fin sous le verre.
- Soulevez l’ensemble en maintenant fermement la feuille contre le bord.
- Relâchez la bête dehors, près d’une haie, d’un tas de bois ou de feuilles, plutôt qu’en plein soleil.
Cette méthode simple fonctionne pour la plupart des insectes et invertébrés qui s’égarent à l’intérieur. Pour les cloportes et les iules, une petite pelle à poussière fait aussi très bien l’affaire.
Comment les accueillir au jardin
- Laissez un tas de bois mort ou de feuilles dans un coin tranquille.
- Paillez le sol pour conserver humidité et abris.
- Gardez quelques pierres plates ou tuiles posées au sol : carabes et staphylins s’y cachent le jour.
- Évitez les insecticides à large spectre et les granulés anti-limaces chimiques.
- Semez des plantes mellifères variées pour nourrir les chrysopes adultes.
Et si elles entrent trop souvent dans la maison ?
Leur présence régulière à l’intérieur signale le plus souvent une humidité importante ou des points d’entrée faciles. Aérez chaque jour, réparez les fuites, utilisez un déshumidificateur dans les pièces humides comme la cave, et colmatez les fissures autour des portes, des fenêtres et des passages de tuyaux. Éloigner les tas de bois et de feuilles des murs de la maison limite aussi les visites.
Questions fréquentes
La scutigère pique-t-elle ? Elle peut mordre si on la manipule à mains nues, mais c’est rare et généralement sans gravité.
Les cloportes abîment-ils les plantes ? Ils consomment surtout des matières en décomposition. En cas de très forte population, ils peuvent grignoter de jeunes pousses ou des fraises posées au sol.